Candidats à la présidentielle de 2018, Emmanuel Ramazani Shadary et Martin Fayulu sont invités à prendre part aux consultations présidentielles que Félix Tshisekedi, leur concurrent d’hier, a amorcées le lundi 2 novembre. Comme ces deux personnalités, l’ancien Premier ministre et président sortant de Lamuka, Adolphe Muzito, a aussi recu une invitation pour prendre part à ces assises du Palais de la Nation. Pas étonnant que cette main tendue du Chef de l’Etat suscite de vagues. Particulièrement dans les camps de ces trois invités, pas du tout disposés à mordre à l’hameçon.
D’après les sources proches du protocole d’Etat, les invitations ont déjà été déposées dans les résidences des deux candidats à l’élection présidentielle du 30 décembre 2018.
Dans l’entourage de Martin Fayulu, l’information sur le dépôt d’invitation par les services de la présidence à Faden House, n’est ni confirmée, ni démentie.
Contacté, un proche du porte-étendard de l’Ecide lève un point de voile. Il nous signale à cet effet « qu’une invitation n’est pas une convocation », soulignant à ces propos que son chef de fil ne fera pas le déplacement du Palais de la Nation. Lisanga Bonganga, lieutenant de Martin Fayulu, soutient que le coordonnateur en exercice de Lamuka dénie à Félix Tshisekedi la qualité d’organiser les consultations nationales, d’autant « qu’il fait partie du problème ». A en croire l’ancien ministre du sport, Fayulu reste partisan d’un dialogue sous la médiation internationale qui devra prendre en compte son plan de sortie de crise.
Devenu très populaire lors de la campagne électorale de 2018, Martin Fayulu a vu son aura prendre de l’ampleur. Surtout lorsqu’après la publication des résultats par la Centrale électorale, des évêques catholiques ont clamé haut qu’il a réellement remporté le scrutin à la présidentielle. Dès lors, il se considère comme le président élu et ne veut plus céder à une quelconque manipulation.
Steve Kivuata confirme, pour sa part, la non-participation d’Adolphe Muzito, invité également à ces consultations. A l’instar de Fayulu en effet, le président du Nouvel Elan est resté ferme sur sa position, confortant l’aile dure de Lamuka, pas du tout prête à faire de courbettes à celui que « le soldat du peuple » accuse d’avoir perpétré « un hold up électoral ».
KATUMBI ACCUSE DE « HAUTE TRAHISON »
Dans une récente sortie médiatique, Steve Kivuata a accusé Moïse Katumbi de « haute trahison » pour avoir accepté la main tendue de « celui qui a piétiné l’accord de Genève pour donner des béquilles à Joseph Kabila ».
En réaction, Francis Kalombo a précisé que le chairman de l’Ensemble pour la République a plutôt été invité comme « personnalité et non comme sociétaire de Lamuka » « Moise Katumbi a répondu à l’appel de Félix Tshisekedi dans un esprit républicain, afin d’apporter sa modeste contribution pour l’intérêt du peuple congolais », a répliqué Francis Kalombo.
De l’avis des analystes, les consultations nationales initiées par Félix Tshisekedi viennent, une fois de plus, révéler au grand jour le malaise qui couve au sein de Lamuka, ce regroupement de l’Opposition né à Genève. L’aile dure incarnée par le duo, Fayulu – Muzito, n’émet plus sur la même longueur d’ondes. Se reclamant de l’Opposition républicaine, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba se montrent disponibles à embarquer dans le navire de l’Union Sacrée pour la Nation que Félix Tshisekedi se propose de conduire seul, sans Joseph Kabila, son partenaire de l’alternance.
LE SILENCE PESANT DU PPRD
Au Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), la plus grande formation politique qui aligne le nombre le plus important des élus dans les deux chambres du Parlement, on observe jusque-là le silence sur l’invitation adressée à Shadary pour prendre aux consultations.
On se rappelle néanmoins que, dans une matinée politique, le Secrétaire permanent du PPRD, Ramazani Shadary, avait rejeté ces consultations qu’il considère comme une manœuvre politique de Félix Tshisekedi pour se donner une majorité à l’Assemblée nationale, en débauchant dans les rangs du FCC.
Le dauphin de Joseph Kabila a accusé Félix Tshisekedi de violer le deal qu’il avait conclu avec son prédécesseur avant d’accéder au pouvoir. Pour Shadary, on ne voit pas comment il irait aux consultations présidentielles, sauf retournement de situation. On parierait encore moins sur Shadary Ramazani dont on connaît la position de son parti, de sa plateforme et de son Autorité morale sur les consultations initiées par Félix Tshisekedi. Le PPRD ne s’inscrivant pas dans cette logique.
Eric WEMBA/Forum des As